Victor Vasarely

VICTOR VASARELY est un plasticien tout à fait singulier dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Accédant à la notoriété de son vivant, il se distingue dans l’art contemporain par la création d’une nouvelle tendance : l’art optique. Son œuvre s’inscrit dans une grande cohérence, de l’évolution de son art graphique jusqu’à sa détermination pour promouvoir un art social, accessible à tous.

Victor Vasarely naît à Pécs en Hongrie en 1906. En 1925, après son baccalauréat, il entreprend de brèves études de médecine à l’université de Budapest, qu’il abandonne deux ans plus tard. De cette période, Vasarely a gardé une volonté de méthode, d’objectivité, une soif de connaissance…proche du monde scientifique.

En 1929, il entre au Muhëly, connu comme étant l’école du Bauhaus de Budapest. Cette école, créée par Alexandre Bortnyik sur le modèle du Bauhaus de Dessau, reprenait les enseignements dispensés en Allemagne par des artistes comme Walter Gropius, Wassily Kandinsky, Paul Klee ou Josef Albers. L’influence de l’enseignement du Bauhaus sera considérable dans l’œuvre de Vasarely. En effet, durant cette période, il s’initie aux tendances du constructivisme et découvre l’Art Abstrait. C’est alors qu’il
réalise ses fameuses « étude bleue » et « étude verte » (1929) et qu’il adhère également aux théories visant à promouvoir un art moins individualiste et plus communautaire, un art adapté aux mutations du monde moderne et du monde de l’industrie.

A cette époque, le gouvernement hongrois commence à associer les différents mouvements avant-gardistes au mouvement progressiste qui se développait en politique. Comme un certain nombre de ses compatriotes, Vasarely quitte la Hongrie et s’installe à Paris en 1930. Il est engagé chez Havas, l’agence de publicité, ainsi que chez Draeger, célèbre imprimeur de l’époque, comme dessinateur – créateur. Son travail de graphiste dans ces agences et plus tard chez Dewambez, lui permet d’aborder l’art du graphisme et de l’esthétique « tout en assurant (son) rôle de plasticien ».

Vers l’abstraction >

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Durant cette période graphique (1929-1946), Vasarely pose les fondements esthétiques de sa recherche plastique et « le répertoire de base de (sa) période cinétique abstraite en plan ». Il exploite tous les thèmes qui seront repris plus tard : le travail sur la ligne, les effets de matières, les jeux d’ombre et de lumière et développe déjà un certain goût pour la perspective. On retrouve ces constantes dans ses études graphiques en deux dimensions tels les « Zèbres » (1938), « l’Echiquier » (1935), et les « Fille-fleur » (1934) où les formes ne sont pas définies par un trait mais surgissent des réseaux déformés ou de contrastes juxtaposés.

Entre 1935 et 1947, Vasarely redécouvre la peinture. Durant cette période qu’il appellera ses « fausses routes », influencé par les mouvements picturaux de l’époque, et en particulier par la peinture cubiste ou surréaliste, Vasarely s’oriente vers les natures mortes, les paysages, les portraits. Les œuvres réalisées à cette période, « Autoportrait » (1941), « l’Aveugle » (1946), bien que figuratives, sont le reflet d’une évolution vers une simplification et une schématisation de l’objet.

autoportrait
aveugle

Vasarely a la révélation véritable que « la forme pure et la couleur pure peuvent signifier le monde… ». Les séjours que le plasticien va effectuer à Belle-Isle et à Gordes vont être d’une importance capitale. « Belle- Isle, été 1947. Les cailloux, les coquillages sur la plage, les remous, au large les brumes, le soleil, le ciel… dans les galets, dans les morceaux des bouteilles brisées, polis par le va et vient rythmé des vagues, je suis certain de reconnaître la géométrie interne de la nature… ».

Les œuvres de la période Belle-Isle (1947-1958) marquent le début d’une véritable démarche abstraite chez Vasarely. Une idée maîtresse apparaît : celle qui permet la transformation d’un matériau brut naturel en un matériau abstrait. Elle marque aussi un retour à la nature par l’utilisation de la forme géométrique, en particulier la forme ovoïde qui signifie « le sentiment océanique ».

Entre 1948 et 1951 naissent deux périodes qui approfondissent les idées qui sont apparues avec Belle-Isle. De la période Denfert (1951-1958) surgissent les curieux dessins inspirés des craquelages des parois en carrelage blanc de la station de métro Denfert-Rochereau à Paris. L’alternance du fond et de la forme, l’enchevêtrement des murs éclaboussés de soleil ou noyés d’ombres et les espaces entre ces murs sont à l’origine de la période Cristal (1948-1958). Dans les études de ces périodes, les formes se juxtaposent par des plages de couleurs contrastées posées en aplat. Vasarely redécouvre les perspectives contradictoires de l’axonométrie, la force de la composition pure. L’œuvre la plus représentative de cette période est « l’Hommage à Malevitch » (1952-1958) qui marque le tournant vers le cinétisme. Dans ce tableau, le carré pivotant sur son axe devient losange, créant ainsi un principe visuel qui sera au centre des recherches cinétiques du plasticien. En 1954, Vasarely réalise ses premières intégrations architecturales dans la cité universitaire de Caracas au Venezuela, en collaboration avec l’architecte Carlos Villanueva.

Belle isle

Expérience cinétique >

Avec la période Noir – Blanc (1954-1960), Vasarely renoue avec ses études graphiques, son travail sur les réseaux linéaires, ses déformations ondulatoires. Parallèlement il s’intéresse aux techniques de la photographie et réalise des « photographismes » réalisés à partir de la superposition de deux plaques de verre.

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En 1955, à la galerie Denise René à Paris, l’accent est mis sur l’art cinétique. Vasarely et d’autres artistes tels que Duchamp, Man Ray, Calder, Tinguely, ou Agam, exposent leurs recherches sur le thème du mouvement. La même année Vasarely publie son « Manifeste Jaune » qui énonce la notion de « plastique cinétique ». Il renoue ainsi avec les recherches des pionniers constructivistes, mais aussi avec l’enseignement du Bauhaus. Le mouvement ne relève pas de la composition ni d’un quelconque sujet, mais de l’appréhension par le regard qui en est le seul créateur.

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Le principe de l’illusion d’optique procède de l’unité plastique constituée de deux formes couleurs contrastées qui seront le noir et le blanc jusqu’en 1960. A partir de ces unités plastiques et de leur basculement qui les transforment, une notion de mouvement et d’espace apparaît.

Le Père de l’Op art >

A partir de 1960, la couleur éclate, dans les œuvres du « Folklore Planétaire« . L’unité plastique est reprise « composée de deux éléments géométriques qui s’emboîtent l’un dans l’autre, se combinent, se permutent« .
Avec ces unités bicolores, aux tons puissants ou contrastés, le plasticien invente son Alphabet Plastique qui concrétise une idée datant du début du siècle chez les artistes abstraits, celle de dégager une méthode qui permet la création d’un langage universel compréhensible par tous.
Cet alphabet plastique va devenir le point de départ d’un art collectif. Par le jeu des combinaisons et des permutations, une multitude de propositions devient possible en combinant les formes et les nuances des gammes définies par le plasticien. « L’avènement en art plastique d’une combinatoire de cette envergure offre un outil ayant un caractère universel, tout en permettant la manifestation de la personnalité comme celle des particularismes ethniques. » Dans cet art combinatoire les éléments peuvent être codifiés ou programmés. Vasarely utilise les nouvelles techniques et technologies pour diversifier et composer des œuvres à l’infini. Ainsi les éléments peuvent être préfabriqués en utilisant des procédés industriels, les œuvres seront monumentales intégrées à l’architecture et à notre environnement urbain.
« L’avenir se dessine avec la nouvelle cité géométrique, polychrome et solaire. L’art plastique y sera cinétique, multidimensionnel et communautaire; abstrait à coup sûr et rapproché des sciences. »

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De 1964 à 1976, Vasarely s’intéresse plus particulièrement à la structure cellulaire dans une série d’œuvres intitulée « l’hommage à l’hexagone » où les reliefs sont perçus en incessantes transformations, tantôt en creux , tantôt en relief. L’ambiguïté est accentuée par l’apport des gammes colorées créant un « perpetuum mobile en trompe l’œil », replongeant ainsi dans le domaine de l’optique qu’il avait abordé avec sa période noir-blanc. Puis, surgit la période « Gestalt », période architecturale entre toutes, inspirée du phénomène de la gestalt.
En 1965, il participe à l’exposition « Responsive Eye » au Musée d’Art Moderne de New York, consacré à l’Art Optique. Ce mouvement s’attache à suggérer le mouvement sans jamais le réaliser véritablement. Il institue de nouvelles relations entre les spectateurs et l’œuvre en provoquant la participation active de celui qui regarde. Le spectateur est libre d’interpréter l’image en autant de situations visuelles qu’il pourra en concevoir. Par le succès dont bénéficie cette tendance nouvelle, la presse et le public consacrent Vasarely, comme l’inventeur de « l’art optique ».

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Poursuivant ses études sur le mouvement et la perception, Vasarely renoue avec le dessin dans sa période Vonal [1964-1970] où réapparaît le travail linéaire des zèbres, des réseaux et des naissances de sa période noir-blanc, avec l’apport de la couleur. Un aspect cinétique est engendré ainsi qu’une dimension spatiale par la répétition des lignes dans des proportions décroissantes au fur et à mesure que le regard pénètre dans le centre du tableau.

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A partir de 1968, jouant sur la déformation des lignes, Vasarely définit ses « structures universelles », puis s’engage dans la célèbre période « Vega » où les gonflements induits par la déformation des éléments qui les composent, traduisent des formes qui s’échappent du plan pour créer ses spectaculaires volumes. A travers des œuvres telles que « Feny » (1963), « Vega Tek » (1968) et « Vega 200 » (1968), le plasticien cherche à évoquer l’univers insaisissable des galaxies, les pulsations cosmiques et la mutation biologique de la cellule.

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